domingo, 13 de enero de 2013

Faut-il interdire la pêche industrielle en Arctique ?


Le Monde. Blog Écolo. 24-4-2012.



C'est un appel majeur : plus de 2 000 scientifiques de 67 pays ont demandé à la communauté internationale de protéger l'océan Arctique, en interdisant la pêche commerciale tant que la recherche et un encadrement réglementaire n'assureront pas le respect de cet environnement des plus fragiles. Leur mobilisation s'est exprimée dans une lettre ouverte à l'organisme environnemental PEW Environment Group, dimanche 22 avril, à l'occasion de l'ouverture de l'année polaire internationale.

La fonte de la banquise, qui a atteint des records au cours de l'été dernier du fait du réchauffement climatique, a en effet ouvert des passages vers des eaux situées au-delà des zones économiques exclusives des nations limitrophes de l'Arctique. En tout, plus de 2,8 millions de kilomètres carrés constituent ces eaux internationales – soit un peu plus que la Méditerranée –, qui pourraient être accessibles à l'activité humaine pendant les mois d'été d'ici dix à quinze ans.

Bien qu'aucune activité industrielle ne s'est développée dans la partie septentrionale de l'Arctique, le potentiel économique de la zone attise les convoitises. Il y a bien sûr les gisements de pétrole et de gaz, sur lesquels les entreprises se positionnent depuis quelques années, au grand dam des associations écologistes – les régions polaires abriteraient de 15 % à 30 % des réserves d’or noir et de gaz pas encore découvertes de la planète. Mais les géants pétroliers ne sont pas les seuls à souhaiter prospecter au pôle Nord : il en va de même des industriels de la pêche, attirés par les perspectives de ressources encore vierges et surtout d'absence de réglementation internationale.

C'est ce point qui inquiète les chercheurs. "La communauté scientifique ne dispose actuellement pas de suffisamment de données biologiques pour comprendre la présence, l'abondance, la structure, les mouvements et la santé des stocks de poissons et le rôle qu'ils jouent dans l'écosystème élargi du centre de l'océan Arctique", estiment les scientifiques. Les 2 000 chercheurs appellent donc à un moratoire sur la pêche commerciale dans la région jusqu'à ce que ses impacts sur les écosystèmes, en particulier ceux des phoques, des baleines et des ours polaires, puissent être évalués, de même que l'effet sur les populations, dont la subsistance et le mode de vie dépendent de ces ressources. Ils demandent en outre aux gouvernements des Etats riverains de l'océan Arctique – Canada, Danemark, Etats-Unis, Norvège et Russie – de travailler à la conclusion d'un accord international basé sur la recherche scientifique et le principe de précaution.

Reste à savoir quelles sont véritablement les ressources halieutiques de la région. "Pour l'instant, il n'existe pas vraiment de véritables stocks présentant un intérêt commercial dans le bassin central de l’océan Arctique, explique Louis Fortier, directeur de l’institut Arctic Net de l'université Laval à Québec. Mais avec la disparition progressive de la banquise, la productivité biologique des écosystèmes va augmenter, entraînant le développement des stocks au cours du siècle, notamment au nord du détroit de Béring, et à l'est de la mer de Barents."
"Le risque est alors d'importer en Arctique les politiques de surpêche qui sont à l'œuvre dans le reste des océans et qui ont conduit à la surexploitation de certains gros poissons entraînant un déséquilibre des écosystèmes marins, poursuit le chercheur. Dans le cas du pôle Nord, cette situation sera davantage dévastatrice dans la mesure où les stocks de poissons ont une croissance lente, du fait des températures très basses, ce qui rend le renouvellement de l'espèce difficile. Il faut donc prendre dès maintenant un moratoire, avant que la pêche industrielle ne débute, pour analyser si les taux de croissance des poissons sont suffisants pour être exploités."
La pêche de subsistance, elle, n'est pas concernée par cette mesure. Si elle s'est révélée plus importante, au cours des cinquantes dernières années, que les chiffres déclarés par les gouvernements à la FAO, selon une étude réalisée par l'université de Colombie-Britannique publiée en février, elle reste néanmoins négligeable. "Aujourd'hui, les captures demeurent très faibles. Pour toutes les eaux arctiques dépendant de l’Alaska, par exemple, on les estime à quelque 89 000 tonnes par an, soit environ 0,1 % des prises mondiales répertoriées. Une petite moitié est destinée au commerce, le reste sert à la subsistance des populations locales."



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